Regard d’azur …

REGARD D’AZUR


Luis venait de claquer la porte, cette fois c’était bien fini.

Notre histoire avait commencé quelques années plus tôt, sur une plage au soleil méditerranéen. Il avait souri, je l’avais regardé sévèrement, le foudroyant presque, cet imbécile venait de renverser ma crème solaire. Il s’était aussitôt confondu en excuses, bredouillant quelques phrases maladroites. Ce n’était assurément pas le genre « Don Juan » qu’on rencontre habituellement sur les plages.

Me souvenant que ma voiture était en panne, j’avais profité de ce pauvre diable dès le premier jour. Il faut dire qu’il ne se faisait pas prier pour m’emmener là où je le voulais. En avons-nous fait des kilomètres ensembles !

– A demain 10 h, on ira à la plage Angéla. A moins que tu n’ais une autre idée ?
– Non non, la plage c’est parfait, à demain Luis.

Ses conversations m’avaient surprise, il n’avait pas l’air d’un intellectuel et pourtant il me collait sur bien des sujets. La nature, pour lui, n’avait aucun secret; du coquillage au nuage en passant par bien des choses dont j’ignorais même l’existence, il était intarissable. A vrai dire je ne me lassais pas de l’écouter.

Si on m’avait dit ce jour là que ma vie allait changer à cause d’une bouteille de crème solaire … C’est pourtant ce qui arriva.

Mes amies étaient parties en avant, je m’étais levée en retard et ne voulais pas les faire attendre. Il était convenu que je les rejoindrais au chalet, puis cette stupide panne de voiture s’en était mêlée.

En désespoir de cause, j’avais pris l’autobus pour la plage.

Je ne crois pas au hasard mais plutôt au destin, celui-ci trace devant nous une voie toute faite, alors pourquoi ne pas la suivre ?

Ainsi lorsque Luis avait raté une marche en me raccompagnant, sa cheville étant si enflée qu’il ne pouvait poser le pied sur le sol, je ne pouvais faire autrement que lui offrir l’hospitalité. Mes qualités de modeste cuisinière furent mises à l’honneur ce soir là. Le vin aidant, l’ambiance était devenue euphorique. Sa compagnie me plaisait d’autant plus qu’il se faisait de plus en plus tendre.

Cela faisait combien de temps qu’un garçon ne m’avait plus fait la cour ? Depuis que je portais ces horribles lunettes en vérité.

– Angéla, mon Angéla, que j’aime tes quatre yeux !
– Moi je les déteste, ces lunettes me rendent horrible.

Chaque fois que le sujet était abordé cela tournait au vinaigre. Je ne pouvais croire qu’il me trouvait vraiment jolie, non il se moquait de moi c’est certain.

La cheville avait rapidement repris sa taille normale, mais Luis semblait prendre racine.

– Qu’est-ce qu’on est bien chez toi, je crois que … Je ne pourrai plus vivre seul maintenant, tu m’es devenue indispensable Angéla.
– Est-ce que tu es sérieux en disant cela Luis ? Tu comprends, j’ai peur de souffrir encore, alors ne joue pas avec mes sentiments surtout.

Nous avons finalement choisi de vivre dans mon appartement, le sien était bien situé certes, mais plus petit et plus cher.

Il est drôle de constater comme la vie en commun peut détruire les bons rapports entre deux personnes qui s’aiment.

– Oh non Luis, pas encore un reportage, il y a un film super sur l’autre chaîne !
– Tu ne penses qu’à t’amuser, tu resteras toujours une ignorante.

Où était donc ce garçon si gentil que j’avais connu à la plage ? Je vivais avec un être sans cœur, ne pensant qu’à lui.

– Non Angéla, ne fais pas ça, je t’aime telle que tu es, des verres de contact ne changeront rien pour moi.

Il s’agissait de « ma » personne et j’étais bien libre d’en disposer à ma guise après tout. En revenant de chez l’opticien, j’imaginais mille scénarios: « Je dois reconnaître que tu avais raison, tu es très jolie ainsi ma chérie. » Ou encore:  » Jette vite ces affreuses lunettes tu ne dois plus jamais les porter ! « .

En réalité ce fut :  » Tu veux dire que tu l’as fait malgré mon opinion là dessus ? Je croyais avoir une quelconque importance pour toi, je vois que je m’étais trompé. Tu ne penses qu’à ta propre personne, mon amour ne compte pas à tes yeux, tes deux yeux ! « .

Le silence qui suivit me fut pénible à supporter. En peu de temps ses bagages furent prêts. La proposition de travail à l’étranger était arrivée au moment propice, il l’avait refusée mais un coup de fil avait tout changé.

La porte venait de claquer sur deux années de bonheur.

Josy de Carpentras

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