Question d’habitude

QUESTION D’HABITUDE

La fête bât son plein. Gilles m’a fixé rendez-vous à 20 heures et il n’est pas encore là, ça ne lui ressemble pas de me faire attendre. Et cet autre là bas qui me dévisage depuis un quart d’heure, pour qui se prend-il ? Je n’ose quitter ce banc car Gilles sait me retrouver là, mais il a tout de même une bonne demi-heure de retard, alors …

Les foires se suivent et se ressemblent. Toujours les mêmes loteries avec leurs grosses peluches, les tirs, les manèges et ces odeurs de crêpes et de gaufres qui vous mettent l’eau à la bouche. Une crêpe dans la main et dans l’autre le porte-monnaie à remettre dans le sac à main, comment faire ?

 » Je peux tenir la crêpe si vous voulez, je promet de ne pas mordre dedans ! « . Dit alors un géant blond aux yeux bleus. Est-ce son accent ou le grand sourire irrésistible qu’il arbore qui m’oblige à être gentille avec lui ? Car enfin, c’est bien cet effronté de tout à l’heure …

– Si vous êtes sur de résister à la tentation, alors je veux bien. Tenez, attention c’est chaud.

Et nous voilà partis dans un fou rire. Quelques pas plus loin …

– Il est joli cet ourson rose, vous le voulez ?
– Bien sur j’aimerais l’avoir, mais il faut tirer à la carabine pour ça !
– Eh bien je vais le gagner pour vous charmante demoiselle !

C’est au tour de la 3ème balle, la ficelle va t-elle lâcher ?

– Et voilà c’est fait, vous avez un nouveau compagnon.
– Merci c’est très gentil, mais je ne sais pas si je dois accepter, on ne se connaît même pas.
– Je m’appelle Hans et vous Isabelle n’est-ce pas ?

Comment ce viking que je vois pour la 1ère fois peut-il connaître mon nom ? Le voilà qui repart dans un fou rire que je ne partage pas cette fois.

– Ne vous fâchez pas, je vais tout vous expliquer. Je suis un ami de Gilles, cela fait 2 ans que je viens en vacances ici. Je vous ai vus ensembles hier. Cet après midi il m’a demandé de m’occuper de vous, il ne peut pas venir, il travaille ce soir.

– Quoi ? Et c’est maintenant que vous le dites ! A quel jeu jouez-vous avec moi ? Pourquoi m’avoir laissé attendre gilles jusqu’à maintenant ?

– Gilles avait dit :  » Elle est capable de m’attendre une heure « , j’ai voulu vérifier. Vous avez beaucoup de patience. Il a bien de la chance.

– Il vous a aussi demandé de tester ma fidélité peut-être ?
– Non pas du tout, hélas, j’avoue que ça m’aurait bien plu, vous êtes très jolie.

Et là il ne rit plus, son regard est même devenu triste. Du coup ma colère est tombée.

Alors il travaille quand même, il m’avait promis pourtant. J’en ai vraiment marre de ce sale métier.
– Allez ne soyez pas triste ou vous allez me faire pleurer.

Il est vraiment trop mignon avec son air de gamin boudeur. Malgré moi je lui souris. Il a gagné la partie.

– Après tout les amis de Gilles sont mes amis, enchantée de faire ta connaissance Hans.

Nous avons honoré tous les manèges, tenté notre chance à quelques loteries aussi.

– Un ours, une poupée, un vase, quelle chance ce soir !
– Tu connais le dicton Isabelle  » Heureux au jeu, malheureux en amour « .
– Mais je ne suis pas malheureuse en amour !

Qu’est-ce qu’il va s’imaginer maintenant ? Il se fait des illusions ce garçon. Ils sont beaux tes copains Gilles.

– Voyons Isabelle, sois sincère, combien de temps passez-vous ensembles ? Tu l’as dit tout à l’heure, tu en as marre !
– De son travail oui, mais pas de lui. Je l’aime depuis si longtemps, depuis toujours je crois bien.
– Justement, es-tu sure que c’est vraiment de l’amour et non une habitude ?

Cette fois c’en est trop, il exagère. Je lui redonne tous ses cadeaux et adieu monsieur « je sais tout « . Tu peux toujours crier, je te plante là. Bon vent !

Je ne sais pas qui a dit que la nuit porte conseil, mais il avait raison.

– Allo Gilles ? Tu dormais ? Ah excuse moi, mais avec tes horaires impossibles aussi… Bon il faut absolument qu’on se parle aujourd’hui. Cet après midi ? C’est bon pour moi. A tout à l’heure mon chéri.

Beurre, chocolat… je crois que c’est tout ce qu’il me faut, je peux y aller. Tiens, la fleuriste ouvre bien tard ce matin. Saint à fêter  » Gilles « . Je ne vais pas lui offrir des fleurs mais plutôt une petite visite matinale. Vu que je passe devant chez lui…Et hop, je me gare juste devant sa porte. Mais, qui c’est cette rouquine à la fenêtre ? Et mon Gilles qui l’embrasse ! Ils ne m’ont même pas vue.

Ma deux chevaux, compatissante, démarre du premier coup. Les yeux pleins de larmes je n’y vois pas grand chose, mais je m’en fou. J’ai bien passé le 1er feu mais le choc que je viens de recevoir veut dire qu’il en est autrement pour le suivant.

– Isabelle c’est toi ? Je crois deviner ce qui t’arrive.
– Hans c’est affreux, je l’ai vu de mes propres yeux !
– Ma chérie calme toi, je voulais te le dire hier mais tu ne m’aurais pas cru. Je sais que c’est dur mais au moins tu es fixée sur ses sentiments.

Bien sur son copain savait et moi comme une conne … Ah il s’est bien fichu de moi avec son  » travail  » !

Maintenant que j’ai pris du recul, en trois jours j’ai eu tout le temps, je suis obligée d’admettre que je suis plus vexée d’avoir été trahie qu’amoureuse déçue. Hans avait raison, entre Gilles et moi ça n’était plus qu’une habitude.
Il repart chez lui à la fin du mois, les vacances ne durent pas toujours. Dommage, on en prendrait bien l’habitude.

Josy de Carpentras

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