L’après accident du car … 2ème partie

plan roquemaure

Si ce n’est déjà fait je vous invite à lire la 1ère partie qui se trouve ICI

Et voici la suite de ce témoignage bouleversant.

femme ecrit

Nous voilà arrivés à l’arrêt des autobus en partance pour l’Espagne… nous attendons en famille : grand père, grand mère, nos deux nièces, ma fille et moi… Le bus arrive : un bus blanc, décoré de flammes sur le flanc (sale impression). Je souris, je plaisante avec les enfants mais mon esprit observe (la largeur des portes, y a t il un marteau pour briser la vitre. Nous nous apprêtons à monter, j’embrasse ma belle sœur et je lui promets de veiller sur ses filles… Elles sont belles, elles rient.
 
    Les premières heures, je continue de sourire, de plaisanter avec les filles qui étaient installées juste derrière moi, mes beaux parents sont assis derrière les nièces : nous occupons -6 sièges à l’étage, côté droit..  Nous descendons vers le sud, je n’ai pas confiance dans le chauffeur : les sensations à l’étage sont amplifiées, il est assez brusque. Il est sur le point de se tromper de sortie et corrige le tir d’un coup de volant que je trouve trop brusque. Décidément, je n’ai pas confiance en lui. Je prie (en esprit, je n’aime pas les prières toutes faites…). Ma fille n’est pas bien, elle pleure… ma belle mère, très possessive et protectrice, vient et la prend de mes bras, sans me demander ce que j’en pense. Je me laisse faire…mais ça ne va pas, sans pouvoir expliquer, je sens que ma fille doit être avec moi si je ne veux pas en être « dépossédée »… Je prends mon courage à deux mains, je me lève et d’un pas décidé et d’un geste ferme, je reprends mon enfant dans les bras et, tout aussi fermement, je précise : c’est MON enfant. Je retourne m’asseoir.

1 le car
(Ce car n’a rien à voir avec l’accident.)

Nous avons fait une dernière halte, le chauffeur a fait le plein, nous reprenons la route. Il fait sombre, il est près de 0h00 où plus, je me souviens des mots de ma mère et je lutte contre le sommeil. Je regarde le chauffeur, la route… Sa façon de conduire me rassure de moins en moins.
    Dans le bus, il fait chaud. Les gens sont en Tee shirt, ils somnolent moi au contraire, je trouve qu’il fait froid, tellement froid que je sens que je dois couvrir ma petite. Je lui enfile son training… puis les chaussettes… mais il me semble qu’il fait encore très froid, je lui mets sa petite veste et je lui place la capuche sur la tête. Certains se retournent et ne comprennent pas mon manège (elle n’est pas bien cette dame de couvrir sa fille, il fait pourtant si chaud…). Peu m’importe, je fais ce que je dois.

Je regarde devant, au travers de cette grande vitre. Je vois qu’on s’approche dangereusement d’un camion devant. Il va freiner?? Ralentir?? Non, il fonce droit devant. Ça va très vite mais les secondes durent des heures : mon coeur me dit alors : je le savais  je le savais : sang de Jésus NON NON NON
    Je serre ma petite contre moi, je l’entoure de tout mon corps  Le choc, brutal, la violence de la force qui veut vous arracher à votre siège à votre vie. Je continue de crier intérieurement NON NON NON, Jésus NON … Mes jambes, mes mollets me font mal mais c’est ainsi que je reste collée à mon siège, par la force de mes jambes.. Je ne réfléchis pas, je serre les jambes contre le dessous du siège, j’entoure mon enfant, je crie intérieurement… ça dure des heures, le bruit, le noir, les cris, les chocs, la désorientation, la fumée, l’obscurité… Des petits pois dans une boîte de conserve jetée d’une falaise… ça ne bouge plus, il fait noir, enfumé.

bus

    Tout est sens dessus, dessous, le sol au plafond, les vitres sous les pieds, où est l’avant du bus, la sortie, je tends les mains croyant trouver les vitres mais non c’est une paroi dure… Gémissements, pleurs… je m’entends crier : socorro socorro j’ai un bébé un bébé mais personne n’entend, je n’entends personne… Il faut que je sorte, il fait chaud, il y a beaucoup de fumée, on sait à peine respirer mais IL FAUT SORTIR, les réservoirs sont pleins, ils peuvent prendre feu, exploser… Il faut sortir mais, par où ?. J’avance, je ne vois rien, je marche sur des matières molles et dures, des corps??? Je ne sais pas, il faut sortir…  Je me laisse guider par un petit courant d’air frais : c’est une issue, s’il y a de l’air c’est une issue… L’arrière du bus repose encore sur la glissière de sécurité ce qui offre un espace d’une trentaine de cm entre le sol et le car, sur deux ou trois mètres.

    Debout, ce n’est pas possible, il faut ramper : j’ai peur, ma fille n’émet aucun son, je la tiens si fort, je l’ai peut être étouffée, elle a peut être des lésions internes, est elle encore vivante?? Je ne sais pas, il faut sortir.  Je m’allonge, je m’aplatis autant que possible et je rampe. Ma petite s’accroche alors, comme elle faisait dans nos jeux, comme un singe agrippé, ses jambes autour de mes hanches, ses bras autour de mon cou.. Je rampe mais il fait noir, c’est l’air qui me guide…Puis, un peu de lumière. Je vois les jambes d’un homme qui se tient debout: je vois ses chaussures, son pantalon encore en bon état : il me dit : por aqui, por aqui. C’est la voix de mon beau père…

Suite et fin dans le prochain article

A bientôt

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